mardi 14 novembre 2023

Terminus…

 

lundi 17 juin 1940

Morne réveil. Que faire ? On cherche à se ravitailler, pépère trouve du lait, nous avons un peu de pain.
Les gens se renseignent près des chefs allemands qui sont dans le pays. Ils disent que les hostilités sont finies, est-ce vrai ? En tout cas, on peut repartir, mais il ne faut pas gêner les convois.

Nous partirons demain car à quoi bon rester ici ?

Un vol de chasseurs allemands “Stukas”

lundi 13 novembre 2023

18 juin

 

mardi 18 juin 1940

Nous partons vers 11h et mangeons à l'entrée d'Entrains ; la route nationale coupe la nôtre à 150 m : convois allemands sans arrêt. La guerre est-elle vraiment finie ? Quelques soldats français passent : il paraît qu'ils les désarment et c'est tout. Nous prenons des petites routes assez calmes. À Fontenoy “ils” sont installés dans toutes les maisons.

Nous décidons de coucher à Lalande (village un peu à droite de notre route). Nous trouvons une grande ferme : la ferme du château ; les fermiers sont revenus (ils n'ont pas pu passer la Loire) ; nous avons du lait, du beurre, des oeufs.
Nous couchons dans le foin. Janine a fort mal aux dents. Guy est agité*.



NOTES

Guy est agité : Mon troisième souvenir réel : la peur panique des rats ! J'en « voyais » partout...

dimanche 12 novembre 2023

19 juin

 

mercredi 19 juin 1940

Quelques Allemands sont dans la cour ; on discute essence, nous réussissons à en avoir 15 litres !
Janine a la joue enflée.

Nous passons à Toucy : sérieux dégâts du bombardement de samedi : des ruines encore fumantes. Il nous faut suivre la grande route, ce n'est pas intéressant : convois allemands à toute allure, ils nous font signe de nous mettre à droite, je suis obligée d'arrêter la “Peugeot” deux fois derrière des convois d'émigrés qui se sont arrêtés sur le côté, car de place en place on voit des autos culbutées dans les fossés et on nous dit que ce sont ceux qui ne se sont pas assez garés pour les tanks : ça fait un peu froid dans le dos !

Des côtes, de la poussière. Nous arrivons dans un fond : spectacle affreux ! autos défoncées, voitures brisées, linge, vêtements éparpillés, chevaux morts... Tout cela a été mitraillé le même jour sans doute que le bombardement ; que de pauvres gens ont tout perdu, et peut-être sont morts ! Nous attendons les cyclistes à un carrefour : personne ne veut plus continuer sur cette route, et nous changeons d'itinéraire.

Nous arrêtons pour manger : les gens du pays viennent de rentrer, tout est pillé. L'un a encore un peu de vin et nous en vend. Il paraît que le matin les Allemands ont dit que la guerre n'était pas finie, c'est décourageant !
Toujours des côtes, les cyclistes sont fatigués, nous ne traverserons pas l'Yonne ce soir.

Nous couchons à Charmoy ; bonne soupe au lait. Il faut une échelle pour se coucher c'est un tas de paille de 5 m de haut.



samedi 11 novembre 2023

20 juin

 

jeudi 20 juin 1940

Nous avons bien dormi, cette fois on ne sentait pas les planches. Pépère resquille 5 litres d'essence. Nous traversons l'Yonne, en direction de Bussy en Othe, routes dures et poussiéreuses. Nous cherchons du pain.

Départ vers Villechétive, à nouveau des côtes dans les bois. La Peugeot prend les devants pour que nous préparions à manger, pendant que la “Zèbre” attend les cyclistes. Mais dans une descente trop rapide dont je ne me méfie pas assez, la voiture, chargée, s'emballe et zigzague ; je crois à un pneu crevé et je n'ose freiner, finalement nous atterrissons sur le talus, mais pas trop durement : j'ai eu bien peur !
La “Zèbre” arrive ; puis passe une femme de charbonnier en auto. elle s'arrête et nous aide. Nous tirons l'auto de là. Une vraie chance, elle n'a rien, seul le pare-choc est cassé : quelle émotion ! (C'est en avant de la borne km 6.8 km , à 2 km de Villechétive).
Nous repartons jusqu'à Villechétive où nous mangeons chez des Espagnols.
Départ vers 3h, des côtes encore. En haut de l'une, déveine ! Un sifflement, j'arrête : les 2 pneus de droite sont crevés ! Nous mettons devant le pneu de secours et Dédé répare l'autre. Nous gagnons Coulours où nous soupons et couchons dans un bon tas de foin chez M. Vigoureux).



L'endroit probable de l'accident est marqué d'une croix.

vendredi 10 novembre 2023

21 juin - en panne !

 

vendredi 21 juin 1940

Nous pensons repartir vers 9 h. Mais la Peugeot ne veut pas démarrer.
Un voisin, automobiliste complaisant nous aide. Elle démarre, puis s'arrête. On démonte les bougies, le carburateur. Pendant ce temps, les cyclistes, partis devant nous, sont retourné voir ce qu'il y a... L'auto redémarre, mais cela ne va pas bien, jene peux guère accélérer et le moteur cogne. Un ou deux km. Arrêt.
On vérifie les bougies ; on réussit à repartir, on va jusqu'au pays voisin parce que cela descend, mais le moteur cogne toujours, sitôt à plat, la voiture s'arrête.

Nous sommes à la sortie de Cérilly. Nous mangeons et Raymond décide d'aller voir en vélo à Vulaines s'il y a un garagiste. Rien qu'un bourrelier, qui paraît-il s'y connaît un peu. Mais il faut amener l'auto.

Nous guettons des voitures pour nous remorquer. Nous n'en trouvons pas. L'orage menace. Nous nous réfugions dans une ferme où nous couchons.
Hasard heureux : des cultivateurs émigrés y viennent aussi, nous causons, ce sont des habitants de Villers-aux-Noeuds* (famille Trichet) qui connaissent Maurice* ils veulent bien nous remorquer jusqu'à Vulaines. Coucher dans un tas de paille ; le fermier offre deux lits de commis pour les enfants, nous y couchons tout habillés ; il pleut à verse.

Le trajet le plus court - et pour cause...

NOTES

Villers-aux-Noeuds : Un village de la région proche de Reims, entre Reims et Épernay.

Maurice : Mon père, alors “sous les drapeaux”.

jeudi 9 novembre 2023

22 juin

 

samedi 22 juin 1940

Nous partons, remorqués.
À Vulaines, le bourrelier ne peut même pas démarrer l'auto, il pense que ce sont les accus qui sont déchargés, j'y pensais aussi. M. Trichet accepte de nous remorquer encore jusqu'à Marcilly-le-Hayer ; Là, nous aurons peut-être un mécanicien qui nous dira si ce sont vraiment les accus.
À ce moment, nous voyons Musset, de Faux, dans son auto remorquée par un cheval, quel attelage ! Accus à plat !...

Nous repartons : à Planty, côte très dure, les chevaux ont du mal, enfin nous arrivons à Marcilly-le-Hayer ; nous retrouvons Musset à l'entrée du pays. Nous quittons nos gens, ils ne veulent rien, je les reverrai...

Nous guettons d'autres voitures, refus. L'orage menace à nouveau. Nous trouvons refuge dans la grange de la première maison du pays. Il pleut. Je vais faire la queue au pain avec Odette. Par hasard, en causant, nous trouvons une femme de cultivateur qui repart vers Mourmelon, c'est la direction de Fère[-Champenoise], quelle joie, on veut bien nous remorquer, c'est entendu pour demain 6h.



mercredi 8 novembre 2023

23 juin

 

dimanche 23 juin 1940

Trajet lent, mais tranquille.
Des traces de bagarre sur la route par endroits.

Nous mangeons à Orvilliers. Surprise ; Madame Bérat, de Coolus*, qui habite à côté, nous a reconnus et vient nous parler. Nous traversons Mesgrigny : aux alentours de la gare, tout est détruit. Entre Mesgrigny et Méry [sur Seine], épaves pitoyables des soldats et des émigrés ? Méry a été bombardée aussi. Au sortir [de Méry], Dédé manque de se faire prendre son vélo !

Nous traversons Longueville bien éprouvée. Nous arrivons à Boulages où nous nous arrêtons pour coucher. Tout va bien, nous nous rapprochons. À nouveau de l'orage.



NOTES

Coolus : Un village proche de Chalons-sur-Marne (appellation de l'époque) ; mon grand père maternel, Georges Payen y fut instituteur.

Avant-Propos

  Avant-propos Le texte qu'on va lire a été écrit à la main par ma mère, sur quelques pages d'un “cahier d'écolier”. Je le publi...